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Bessans
sans son diable ne serait pas Bessans...
Mais pourquoi le Diable a t-il une place si importante
dans la vie bessannaise ?
On le rencontre partout, en image, en sculpture, dans
les légendes, sur les fresques de la chapelle
Saint-Antoine.
Au siècle dernier, un "Chantre" du
village, nommé Vincendet, très en colère
contre son curé, fabriqua un diable de bois tenant
un curé sous son bras ; puis, il alla le porter,
un matin de très bonne heure, sur la fenêtre
du prêtre.
Celui-ci se douta d'où venait ce diable, et le
lendemain matin, la statuette prit le chemin de la fenêtre
de son créateur.
Ce petit manège dura plusieurs jours, lorsqu'un
voyageur, passant par Bessans remarqua le diable sur
la fenêtre du nommé Vincendet et lui proposa
de le lui acheter.
Le sculpteur vit tout le profit qu'il pouvait en tirer,
et ce fut le début du courant satirique et commercial
du Diable de Bessans.
La légende
du diable à quatre cornes
Il y a bien longtemps, Joseph, un petit
entrepreneur bessannais, s'était vu confier la
construction d'un pont de pierre reliant deux ouvrages
fortifiés: la Redoute Marie-Thérèse
et le Fort Victor-Emmanuel.
Les travaux n'avançaient pas vite et pourtant
l'hiver arrivait. Le malheureux bessannais se lamentait
et, pour comble de tous ses tourments, deux jours avant
la date de livraison du pont, ses ouvriers le quittèrent.
Ce coup-làétait trop dur pour lui, jamais
il ne pourrait terminer seul le pont, et s'il ne remplissait
pas son contrat, c'était l 'emprisonnement dans
l'un des deux forts ou, pire encore, la déportation
en Piémont.
"Que vais-je devenir, se lamentait-il, ce pont
sera ma mort si je ne le termine pas avant demain. Dieu
sait si je reverrai ma femme et mon doux village de
Bessans ? Que dis-je Dieu ? Seul le Diable peut me venir
en aide..."
Arrivant par la route de Modane, un homme de haute taille,
coiffé d'un chapeau à larges bords, comme
on en voyait dans la région, s'approcha de Joseph.
- Qu'as-tu l'ami à te lamenter ainsi ?
- Ne m'en parlez pas, Etranger, je dois finir ce pont
avant demain, le travail n'avance pas et tous mes ouvriers
m'ont quitté.
- Ce n'est pas bien grave, cela peut encore s'arranger.
- Mais je n'y arriverai jamais et on me jettera en prison.
- Tu as appelé le Diable à ton secours,
eh bien, il m'envoie t'aider. Tu veux éviter
la prison, alors signe-moi ce papier et ton pont sera
construit demain à l'heure dite et toi tu pourras
retourner à Bessans avec tous les honneurs et
les écus qu'on te donnera.
Joseph, l'entrepreneur, n'était pas rassuré.
Mais d'aller en prison à Turin ne l'enchantait
pas. Après avoir réfléchi, il dit
à l'envoyé de Satan :
- D'accord, je signe, mais cela me semble trop beau
! Que me demandes-tu en échange ?
- Voilà, demain, le pont sera fait, mais à
une seule condition, la première personne qui
passera sur le pont, appartiendra à mon maître.
Joseph était affolé, il ne pouvait faire
une chose pareille ! Mais la peur de moisir en prison
avec les rats fut la plus forte, et... il signa...
Revenu à Bessans, sa femme lui trouva un air
tourmenté et à force de questions, elle
finit par savoir toute l'histoire.
- Ne t'en fais pas, Joseph, on trouvera bien un moyen
d'empêcher le Diable de faire cette sinistre besogne...
Et le lendemain matin, quand Joseph et sa femme arrivèrent
près des forts, ils eurent la surprise de voir
un magnifique pont tout en belles pierres de taille,
qui enjambait l'Arc de plus de cent mètres au-dessus
de l'eau.
Mais quand ils regardèrent à l'autre bout
du pont, ils virent avec frayeur une bête monstrueuse,
la bouche grande ouverte sur des dents horriblement
longues, avec sur la tête une crinière
de lion d'où sortaient deux grandes cornes pointues,
c'était le Diable !... Il attendait la première
personne passant sur le pont.
- Mon Dieu ! Marie !... Le bonhomme n'avait pas menti
; le pont est là, mais le Diable aussi ! Qu'allons-nous
faire, mon Dieu ? Qu'allons-nous faire ?...
Déjà, venant de Modane, toute une troupe
de soldats approchait; ils devaient se rendre au fort
en passant par le pont. A leur tête venait un
petit tambour, un gamin de 12 ans, tout fier d'avoir
été choisi pour passer le premier.
- Ce malheureux gosse ! C'est lui qui va être
la victime, pleurait Joseph... Ce n'est pas possible
!...
C'est alors que Marie aperçut à quelques
pas de là, un troupeau de chèvres, broutant
entre les rochers, et au milieu de ce troupeau: un bouc
! Mais pas un petit bouc de rien du tout. Non ! Un grand
bouc noir, aux sabots luisants et aux cornes redoutables.
Marie eut une idée: ramassant un bâton
qui traînait sur le chemin, elle écarta
les chèvres et arrivant derrière le bouc,
elle lui donna un tel coup que celui-ci partit comme
une flèche en direction du pont.
Le bouc stoppa net avant de traverser... De l'autre
côté, il avait vu la bête !...
- Un autre bouc, se dit-il, en apercevant les
deux cornes du monstre ; il voulait prendre mes chèvres
!...
II se rua si fort, qu'il traversa la tête de la
bête avec ses deux cornes et celles-ci restèrent
plantées sur le crâne du monstre.
Plus jamais on ne vit le Diable dans la région,
mais c'est depuis ce jour, qu'à Bessans, il porte
quatre cornes...
Bien des années se sont écoulées
depuis cette histoire, le beau pont de pierre s'est
depuis longtemps écroulé, il fut remplacé
par une passerelle de fer. Mais cette passerelle s'appelle
toujours : " Le Pont du Diable".
Histoire
racontée par Lucien Personnaz "de Damien",
doyen de Bessans.
Recueillie et adaptée par Maxime Gautier, maire
de Bessans ( de 1971 à 1977 ), et par Georges
Personnaz, animateur de la station.
La légende
de DUVALON
Au hameau de la Chalp, situé
au pied du col de la Madeleine, à trois kilomètres
de Bessans, vivait autrefois un nommé DUVALON.
Sa maison se trouvait près de la chapelle Saint-Maurice.
Un jour qu'il était monté au village de
Bessans et qu'il s'était attardé, alors
que la tourmente faisait rage, il trouva le chemin trop
long et trop dur; plusieurs fois son pied glissa dans
la neige et, a bout de forces, il invoqua le Diable
:
- Ah ! N'y aurait-il pas un Diable qui pourrait se
présenter en ce moment pour abréger cette
distance qui me paraît si longue ?
Tout à coup, une ombre se présenta devant
lui. Un homme de haute taille, et à la voix d'une
gravité exceptionnelle:
- Tu m'as appelé, je suis là ! Si tu
veux, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire,
tu seras chez toi près de ta femme ; tu parviendras
aux honneurs si tu le désires ; tu auras la fortune
et, pendant cinquante années, tout ce que tu
pourras souhaiter se réalisera. Mais... à
une seule condition : tu m'appartiendras au bout de
ce temps.
Ainsi parla CAMBRADIN le diable... La tentation
était trop forte. DUVALON, après un instant
d'hésitation, accepta. Le pacte fut signé
avec le sang de DUVALON sur un parchemin que le Diable
avait préparé. Avant de prendre congé
de DUVALON, il lui dit encore qu'il aurait besoin de
sa présence de temps en temps à l'avenir
surtout la nuit.
Puis, dans un grand bruit de tonnerre, au milieu des
éclairs, le Diable disparut...
De peur, DUVALON avait fermé les yeux, et quand
il osa regarder de nouveau, que tout fut calme, il eut
la surprise de se trouver devant chez lui.
DUVALON alla au service du Roi LOUIS XV. Mais la vie
militaire ne lui plaisait guère.
Après s'être sorti des mains des révoltes
contre la gabelle, grâce au secours de CAMBRADIN,
il voulut retourner chez lui, en son hameau de la Chalp.
Comme il faisait des exercices au camp, en présence
de son capitaine, audacieusement il proposa à
celui-ci un pari extraordinaire:
- Si je franchis le portique à cheval, que
m'accordez-vous ?
Celui-ci de lui répondre en voyant l'impossibilité
d'un pareil exploit :
Je vous accorde votre congé.
Faisant une nouvelle fois appel à CAMBRADIN,
DUVALON prit un bon élan et, plantant les éperons
dans le ventre de son cheval, d'un bond vertigineux,
franchit le portique sans même le heurter.
Le capitaine tint sa parole et DUVALON, ayant empoché
la prime d'engagement, se retrouva tranquille dans sa
maison de la Chalp.
Quelques mois plus tard, par une nuit d'hiver glaciale,
voilà qu'au clair de lune, une voix se fait entendre
du dehors en appelant :
- DUVALON... DUVALON..., il faut partir !
Devant cette puissance autoritaire, DUVALON céda
et suivit le personnage. Mais quelques pas plus loin,
ils furent transformés tous les deux en loups
hideux et partirent en hurlant pour terroriser les quelques
voyageurs attardés dans le chemin neigeux.
Les appels du redoutable visiteur devenaient de plus
en plus fréquents; mais il ne se montrait jamais
à ANNETTE, la femme de DUVALON.
Mais, cette fois-là, par une nuit d'orage, à
l'appel du Démon, elle sortit à la place
de son mari, et se trouva face à face avec un
monstre hideux qui lui dit :
- Ce n'est pas toi que je veux, c'est ton mari ;
c'est lui que je demande et qui est sous mes ordres
par contrat.
ANNETTE répondit aussitôt qu'elle l'avait
épousé et qu'il lui appartenait.
- Ton mariage avec lui n'a aucune valeur, d'ailleurs,
tu n'as aucune preuve à me montrer.
- Si ! J'ai celle-ci...
D'un geste brusque, elle allongea son poing fermé
et heurta de son anneau de mariage le mufle de la bête.
Alors, d'un bond, le monstre se renversa et, pris de
frayeur, déguerpit en hurlant et disparut pour
cette nuit-là.
DUVALON se crut alors libéré de son engagement.
Mais, un mois plus tard, le visiteur se présenta
de nouveau avec insistance pour réclamer l'âme
de DUVALON. ANNETTE, qui ne quittait plus son mari,
le tenant toujours par la main portant l'anneau, voulut
s'interposer et, finalement, obtint treize jours de
délai.
Elle partit, toujours suivie de son mari, et alla exposer
la situation au directeur du couvent des pères
capucins de Novalaise, de l'autre côté
du col du Mont-Cenis. Après avoir écouté
toute l'histoire, il leur dit que seul le Saint-Père
pouvait avoir le don de le libérer.
Les deux DUVALON se mirent en route pour ROME. Après
de grandes difficultés, le Pape les reçut.
- Vous serez libéré de votre engagement,
à la seule condition de pouvoir assister de bout
en bout à trois messes de minuit, et cela la
même nuit de Noël, dans trois villes différentes,
à Rome, à Paris et à Londres.
Ils avaient encore sept jours devant eux pour réfléchir
avant Noël.
DUVALON avait son idée, mais il n'en dit rien
à sa femme ; et la nuit du 24 décembre,
pendant qu'Annette se lamentait, il sortit de chez lui
et appela CAMBRADIN.
Quand celui-ci fut présent, il lui demanda de
mettre à sa disposition le cheval le plus rapide
qu'il eût.
A l'instant même, un bruit formidable se fit entendre
au dehors et un grand cheval gris se présenta
sur le pas de la porte.
DUVALON lui demanda :
- Quelle est ta vitesse ?
-Je vais aussi vite que le vent.
-Ce n'est pas toi que je veux.
Un autre animal se présenta :
- Je vais à la vitesse de la lumière.
- Ce n'est pas toi que je veux !
A l'instant, un troisième cheval se présenta
:
- Et toi, quelle est ta vitesse ?
- Je vais à la vitesse de la pensée.
- Ah ! Bien... C'est toi que je veux. Tu vas me transporter
immédiatement à la porte de Saint-Pierre
de Rome.
Alors, dans un bruit d'enfer, comme si la montagne s'écroulait,
le cheval que DUVALON avait enfourché, l'emporta
et DUVALON se trouva instantanément devant la
porte de la cathédrale. Il n'eut que le temps
de dire à son cheval de l'attendre jusqu'à
la fin de la messe.
Dès la fin de la messe, DUVALON se fit porter
à la même vitesse devant la porte de Notre-Dame
de Paris. La différence de l'heure de Paris et
celle de Rome était presque d'une heure et il
eut la possibilité d'assister dès le début
à la messe de minuit à Paris.
A la sortie, il se fit transporter à Londres
et, là aussi, comme l'heure de Londres et celle
de Paris différaient de cinquante minutes, il
put arriver à temps à la messe de minuit
à Londres.
A la sortie, il utilisa encore son cheval pour se faire
déposer devant sa porte au hameau de la Chalp.
De retour chez lui, DUVALON appela CAMBRADIN et lui
demanda de lui remettre son contrat. Celui-ci lui tendit
le parchemin et, par miracle, la signature que DUVALON
avait tracée avec son sang, était effacée.
A sa place, figurait le sceau du Saint-Père.
CAMBRADIN le diable, horrifié à la vue
de ce signe, disparut dans un grand tourbillon de neige
et un bruit de tonnerre que l'on entendit dans toute
la vallée.
DUVALON vécut encore longtemps avec sa femme
au hameau de la Chalp.
Seuls, quelques amis furent au courant de cette histoire
et, de génération en génération,
elle parvint jusqu'à nous racontée durant
les longues soirées d'hiver.
... Est-ce vrai ?... N'est-ce pas vrai ?...
Je vous raconte ce que j'ai entendu...
Pour en savoir plus
Bibliographie :
N° spécial de la revue BJA
"Contes de la Lombarde - Légendes au pays
du Diable" Damien Tracqui, Editions La Fontaine
de Siloé
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