Bessans, joyau de la Haute-Maurienne, village montagnard regroupé autour de son église et de ses chapelles baroques, est le point de départ de superbes découvertes. L'hiver, parcourez son vaste plateau nordique : classique ou skating, promenade ou pulka, à vous de choisir. L'été, en famille, parmi de nombreuses possibilités de randonnées, le chemin du Petit-Bonheur vous permet de parcourir, à pied ou à VTT, toute la haute vallée.  
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Le Diable de Bessans

Bessans sans son diable ne serait pas Bessans...
Mais pourquoi le Diable a t-il une place si importante dans la vie bessannaise ?
On le rencontre partout, en image, en sculpture, dans les légendes, sur les fresques de la chapelle Saint-Antoine.

Au siècle dernier, un "Chantre" du village, nommé Vincendet, très en colère contre son curé, fabriqua un diable de bois tenant un curé sous son bras ; puis, il alla le porter, un matin de très bonne heure, sur la fenêtre du prêtre.
Celui-ci se douta d'où venait ce diable, et le lendemain matin, la statuette prit le chemin de la fenêtre de son créateur.
Ce petit manège dura plusieurs jours, lorsqu'un voyageur, passant par Bessans remarqua le diable sur la fenêtre du nommé Vincendet et lui proposa de le lui acheter.

Le sculpteur vit tout le profit qu'il pouvait en tirer, et ce fut le début du courant satirique et commercial du Diable de Bessans.

La légende du diable à quatre cornes

Il y a bien longtemps, Joseph, un petit entrepreneur bessannais, s'était vu confier la construction d'un pont de pierre reliant deux ouvrages fortifiés: la Redoute Marie-Thérèse et le Fort Victor-Emmanuel.

Les travaux n'avançaient pas vite et pourtant l'hiver arrivait. Le malheureux bessannais se lamentait et, pour comble de tous ses tourments, deux jours avant la date de livraison du pont, ses ouvriers le quittèrent. Ce coup-làétait trop dur pour lui, jamais il ne pourrait terminer seul le pont, et s'il ne remplissait pas son contrat, c'était l 'emprisonnement dans l'un des deux forts ou, pire encore, la déportation en Piémont.
"Que vais-je devenir, se lamentait-il, ce pont sera ma mort si je ne le termine pas avant demain. Dieu sait si je reverrai ma femme et mon doux village de Bessans ? Que dis-je Dieu ? Seul le Diable peut me venir en aide..."

Arrivant par la route de Modane, un homme de haute taille, coiffé d'un chapeau à larges bords, comme on en voyait dans la région, s'approcha de Joseph.
- Qu'as-tu l'ami à te lamenter ainsi ?
- Ne m'en parlez pas, Etranger, je dois finir ce pont avant demain, le travail n'avance pas et tous mes ouvriers m'ont quitté.
- Ce n'est pas bien grave, cela peut encore s'arranger.
- Mais je n'y arriverai jamais et on me jettera en prison.
- Tu as appelé le Diable à ton secours, eh bien, il m'envoie t'aider. Tu veux éviter la prison, alors signe-moi ce papier et ton pont sera construit demain à l'heure dite et toi tu pourras retourner à Bessans avec tous les honneurs et les écus qu'on te donnera.


Joseph, l'entrepreneur, n'était pas rassuré. Mais d'aller en prison à Turin ne l'enchantait pas. Après avoir réfléchi, il dit à l'envoyé de Satan :
- D'accord, je signe, mais cela me semble trop beau ! Que me demandes-tu en échange ?
- Voilà, demain, le pont sera fait, mais à une seule condition, la première personne qui passera sur le pont, appartiendra à mon maître.

Joseph était affolé, il ne pouvait faire une chose pareille ! Mais la peur de moisir en prison avec les rats fut la plus forte, et... il signa...

Revenu à Bessans, sa femme lui trouva un air tourmenté et à force de questions, elle finit par savoir toute l'histoire.
- Ne t'en fais pas, Joseph, on trouvera bien un moyen d'empêcher le Diable de faire cette sinistre besogne...
Et le lendemain matin, quand Joseph et sa femme arrivèrent près des forts, ils eurent la surprise de voir un magnifique pont tout en belles pierres de taille, qui enjambait l'Arc de plus de cent mètres au-dessus de l'eau.

Mais quand ils regardèrent à l'autre bout du pont, ils virent avec frayeur une bête monstrueuse, la bouche grande ouverte sur des dents horriblement longues, avec sur la tête une crinière de lion d'où sortaient deux grandes cornes pointues, c'était le Diable !... Il attendait la première personne passant sur le pont.
- Mon Dieu ! Marie !... Le bonhomme n'avait pas menti ; le pont est là, mais le Diable aussi ! Qu'allons-nous faire, mon Dieu ? Qu'allons-nous faire ?...

Déjà, venant de Modane, toute une troupe de soldats approchait; ils devaient se rendre au fort en passant par le pont. A leur tête venait un petit tambour, un gamin de 12 ans, tout fier d'avoir été choisi pour passer le premier.
- Ce malheureux gosse ! C'est lui qui va être la victime, pleurait Joseph... Ce n'est pas possible !...

C'est alors que Marie aperçut à quelques pas de là, un troupeau de chèvres, broutant entre les rochers, et au milieu de ce troupeau: un bouc ! Mais pas un petit bouc de rien du tout. Non ! Un grand bouc noir, aux sabots luisants et aux cornes redoutables.
Marie eut une idée: ramassant un bâton qui traînait sur le chemin, elle écarta les chèvres et arrivant derrière le bouc, elle lui donna un tel coup que celui-ci partit comme une flèche en direction du pont.

Le bouc stoppa net avant de traverser... De l'autre côté, il avait vu la bête !...
- Un autre bouc, se dit-il, en apercevant les deux cornes du monstre ; il voulait prendre mes chèvres !...
II se rua si fort, qu'il traversa la tête de la bête avec ses deux cornes et celles-ci restèrent plantées sur le crâne du monstre.

Plus jamais on ne vit le Diable dans la région, mais c'est depuis ce jour, qu'à Bessans, il porte quatre cornes...
Bien des années se sont écoulées depuis cette histoire, le beau pont de pierre s'est depuis longtemps écroulé, il fut remplacé par une passerelle de fer. Mais cette passerelle s'appelle toujours : " Le Pont du Diable".

Histoire racontée par Lucien Personnaz "de Damien", doyen de Bessans.
Recueillie et adaptée par Maxime Gautier, maire de Bessans ( de 1971 à 1977 ), et par Georges Personnaz, animateur de la station.



La légende de DUVALON

Au hameau de la Chalp, situé au pied du col de la Madeleine, à trois kilomètres de Bessans, vivait autrefois un nommé DUVALON. Sa maison se trouvait près de la chapelle Saint-Maurice.

Un jour qu'il était monté au village de Bessans et qu'il s'était attardé, alors que la tourmente faisait rage, il trouva le chemin trop long et trop dur; plusieurs fois son pied glissa dans la neige et, a bout de forces, il invoqua le Diable :
- Ah ! N'y aurait-il pas un Diable qui pourrait se présenter en ce moment pour abréger cette distance qui me paraît si longue ?

Tout à coup, une ombre se présenta devant lui. Un homme de haute taille, et à la voix d'une gravité exceptionnelle:
- Tu m'as appelé, je suis là ! Si tu veux, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, tu seras chez toi près de ta femme ; tu parviendras aux honneurs si tu le désires ; tu auras la fortune et, pendant cinquante années, tout ce que tu pourras souhaiter se réalisera. Mais... à une seule condition : tu m'appartiendras au bout de ce temps.

Ainsi parla CAMBRADIN le diable... La tentation était trop forte. DUVALON, après un instant d'hésitation, accepta. Le pacte fut signé avec le sang de DUVALON sur un parchemin que le Diable avait préparé. Avant de prendre congé de DUVALON, il lui dit encore qu'il aurait besoin de sa présence de temps en temps à l'avenir surtout la nuit.
Puis, dans un grand bruit de tonnerre, au milieu des éclairs, le Diable disparut...

De peur, DUVALON avait fermé les yeux, et quand il osa regarder de nouveau, que tout fut calme, il eut la surprise de se trouver devant chez lui.

DUVALON alla au service du Roi LOUIS XV. Mais la vie militaire ne lui plaisait guère.
Après s'être sorti des mains des révoltes contre la gabelle, grâce au secours de CAMBRADIN, il voulut retourner chez lui, en son hameau de la Chalp.
Comme il faisait des exercices au camp, en présence de son capitaine, audacieusement il proposa à celui-ci un pari extraordinaire:
- Si je franchis le portique à cheval, que m'accordez-vous ?
Celui-ci de lui répondre en voyant l'impossibilité d'un pareil exploit :
Je vous accorde votre congé.

Faisant une nouvelle fois appel à CAMBRADIN, DUVALON prit un bon élan et, plantant les éperons dans le ventre de son cheval, d'un bond vertigineux, franchit le portique sans même le heurter.
Le capitaine tint sa parole et DUVALON, ayant empoché la prime d'engagement, se retrouva tranquille dans sa maison de la Chalp.

Quelques mois plus tard, par une nuit d'hiver glaciale, voilà qu'au clair de lune, une voix se fait entendre du dehors en appelant :
- DUVALON... DUVALON..., il faut partir !
Devant cette puissance autoritaire, DUVALON céda et suivit le personnage. Mais quelques pas plus loin, ils furent transformés tous les deux en loups hideux et partirent en hurlant pour terroriser les quelques voyageurs attardés dans le chemin neigeux.

Les appels du redoutable visiteur devenaient de plus en plus fréquents; mais il ne se montrait jamais à ANNETTE, la femme de DUVALON.
Mais, cette fois-là, par une nuit d'orage, à l'appel du Démon, elle sortit à la place de son mari, et se trouva face à face avec un monstre hideux qui lui dit :
- Ce n'est pas toi que je veux, c'est ton mari ; c'est lui que je demande et qui est sous mes ordres par contrat.
ANNETTE répondit aussitôt qu'elle l'avait épousé et qu'il lui appartenait.
- Ton mariage avec lui n'a aucune valeur, d'ailleurs, tu n'as aucune preuve à me montrer.
- Si ! J'ai celle-ci...


D'un geste brusque, elle allongea son poing fermé et heurta de son anneau de mariage le mufle de la bête. Alors, d'un bond, le monstre se renversa et, pris de frayeur, déguerpit en hurlant et disparut pour cette nuit-là.

DUVALON se crut alors libéré de son engagement. Mais, un mois plus tard, le visiteur se présenta de nouveau avec insistance pour réclamer l'âme de DUVALON. ANNETTE, qui ne quittait plus son mari, le tenant toujours par la main portant l'anneau, voulut s'interposer et, finalement, obtint treize jours de délai.

Elle partit, toujours suivie de son mari, et alla exposer la situation au directeur du couvent des pères capucins de Novalaise, de l'autre côté du col du Mont-Cenis. Après avoir écouté toute l'histoire, il leur dit que seul le Saint-Père pouvait avoir le don de le libérer.

Les deux DUVALON se mirent en route pour ROME. Après de grandes difficultés, le Pape les reçut.
- Vous serez libéré de votre engagement, à la seule condition de pouvoir assister de bout en bout à trois messes de minuit, et cela la même nuit de Noël, dans trois villes différentes, à Rome, à Paris et à Londres.
Ils avaient encore sept jours devant eux pour réfléchir avant Noël.
DUVALON avait son idée, mais il n'en dit rien à sa femme ; et la nuit du 24 décembre, pendant qu'Annette se lamentait, il sortit de chez lui et appela CAMBRADIN.
Quand celui-ci fut présent, il lui demanda de mettre à sa disposition le cheval le plus rapide qu'il eût.
A l'instant même, un bruit formidable se fit entendre au dehors et un grand cheval gris se présenta sur le pas de la porte.

DUVALON lui demanda :
- Quelle est ta vitesse ?
-Je vais aussi vite que le vent.
-Ce n'est pas toi que je veux.

Un autre animal se présenta :
- Je vais à la vitesse de la lumière.
- Ce n'est pas toi que je veux !

A l'instant, un troisième cheval se présenta :
- Et toi, quelle est ta vitesse ?
- Je vais à la vitesse de la pensée.
- Ah ! Bien... C'est toi que je veux. Tu vas me transporter immédiatement à la porte de Saint-Pierre de Rome.


Alors, dans un bruit d'enfer, comme si la montagne s'écroulait, le cheval que DUVALON avait enfourché, l'emporta et DUVALON se trouva instantanément devant la porte de la cathédrale. Il n'eut que le temps de dire à son cheval de l'attendre jusqu'à la fin de la messe.

Dès la fin de la messe, DUVALON se fit porter à la même vitesse devant la porte de Notre-Dame de Paris. La différence de l'heure de Paris et celle de Rome était presque d'une heure et il eut la possibilité d'assister dès le début à la messe de minuit à Paris.

A la sortie, il se fit transporter à Londres et, là aussi, comme l'heure de Londres et celle de Paris différaient de cinquante minutes, il put arriver à temps à la messe de minuit à Londres.
A la sortie, il utilisa encore son cheval pour se faire déposer devant sa porte au hameau de la Chalp. De retour chez lui, DUVALON appela CAMBRADIN et lui demanda de lui remettre son contrat. Celui-ci lui tendit le parchemin et, par miracle, la signature que DUVALON avait tracée avec son sang, était effacée.
A sa place, figurait le sceau du Saint-Père.

CAMBRADIN le diable, horrifié à la vue de ce signe, disparut dans un grand tourbillon de neige et un bruit de tonnerre que l'on entendit dans toute la vallée.
DUVALON vécut encore longtemps avec sa femme au hameau de la Chalp.
Seuls, quelques amis furent au courant de cette histoire et, de génération en génération, elle parvint jusqu'à nous racontée durant les longues soirées d'hiver.

... Est-ce vrai ?... N'est-ce pas vrai ?...
Je vous raconte ce que j'ai entendu...

 

Pour en savoir plus

Bibliographie :
N° spécial de la revue BJA
"Contes de la Lombarde - Légendes au pays du Diable" Damien Tracqui, Editions La Fontaine de Siloé



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